PIANO, COMPOSITION Natif de Dolbeau au Lac Saint-Jean (Qc), il s'écoule plus de 20 ans entre l'arrivée à Québec de Gilles Bernard à l'âge de dix-huit ans, moment où il est choisi comme pianiste dans le Stage Band de l'Université Laval, et celui où on lui remet, dans la même ville en 1993, le Prix de la Fondation " Les musiques du monde ", à titre de pianiste-compositeur lors du Gala des prix d'excellence de la culture. L'année suivante, il fait la tournée pancanadienne des festivals de jazz avec son propre ensemble de dix musiciens : le Gilles Bernard Repertory Orchestra. C'est à Paris, durant l'année qui précèda la tournée, qu'il composa l'oeuvre de ce grand ensemble qui allait connaître le succès.
Il n'est donc pas surprenant de voir Gilles Bernard au cours de sa carrière accompagner des musiciens de jazz renommés comme John Zorn (1985) ou encore la célèbre violoniste gitan-hongrois Elek Bacsik (1991).
Gilles Bernard consacre sa vie à sa musique. Après des études en piano classique, il se tourne définitivement vers le jazz. Dans cet univers, son talent est aujourd'hui largement reconnu.
Au cours des dix dernières années, il a participé régulièrement à la programmation du Festival international de jazz de Montréal. Il prendra part à l'enregistrement de nombreuses émissions piano-solo diffusées au Club de minuit sur le réseau FM de la Société Radio-Canada. Au même réseau, il participe une dizaine de foisà l'émission Jazz sur le vif.
Tout au long de sa carrière, on le verra périodiquement associé à des formations expérimentales et originales. Mentionnons notamment le groupe Ogane Song avec lequel il signe quatre des six titres de l'album Sud (1984). Il poursuit avec le groupe sénégalo-québécois Dadjé avec qui il enregistre deux albums : N'Dadjé (1985) et Meeting Time (1986). Cette collaboration l'amène entre autre au New Morning à Paris et à Dakar pour un concert avec l'Orchestre national du Sénégal. Pendant une année passée en Guadeloupe avec le groupe Kafé Ka Lévé , il devient l'un des rares musiciens blancs à faire partie d'un groupe se consacrant à la musique traditionnelle du pays (gwoka). Plus récemment, il passe quelques mois en Italie et plus particulièrement à Milan, où il se produit sur plusieurs scènes de jazz avec différents musiciens.
En mars 1999, la musique de Gilles Bernard fait l'objet d'une reconnaissance particulière à travers la série d'événements prévus pour souligner l'ouverture de la Maison du Québec à Barcelone. En effet, les catalans sont invités à apprécier le talent du pianiste dans le cadre d'une activité (Le Québec à entendre du 15 au 28 mars 1999) visant à faire connaître la musique d'artistes québécois sélectionnés pour la qualité de leur oeuvre.
Pendant toutes ces années, Gilles Bernard, au Québec comme ailleurs dans le monde, expérimente et consacre essentiellement son art à la quête d'un style de plus en plus personnalisé.
Le dernier album de Gilles Bernard, MOT, célèbre 25 années consacrées au jazz. Pour le pianiste, MOT c'est l'aboutissement d'un long apprentissage et d'une profonde réflexion enrichis de la rencontre et de l'originalité des cultures au-delà de toutes différences.
MOT (FND 005)
À propos du CD
Je pense aux musiciens que j'aime.
À ceux qui étaient déjà des compagnons de fortune dès les premiers feux. Qui surgissaient de la nuit, et qui, par une adéquation parfaite trouvaient leur place en la faisant; le cercle du feu grandit avec les amis...
Il y a eu beaucoup de temps perdu. Mais pour la musique, jamais il n'y en eut, si simple qu'elle fût même lorsqu'elle s'était tue...
- source : extrait du livret, écrit par Guylaine Coderre.
Musiciens
Gilles Bernard (p), Raynald Drouin (b), Pierre Côté (cb), Alain Boies (s.a & s.t)
Mama Lucia (mp3)
Décal (mp3)
Mots des critiques
"...Avec son disque MOT, le pianiste de jazz Gilles Bernard amène enfin la coupe aux lèvres..." dans le "Top ten" pour 1999 - LE SOLEIL (Québec)
"...À l'écoute de Gilles Bernard et du noyau fidèle d'artistes qui l'entourent, la musique apparaît comme une sorte de Graal. La beauté des choses se traduit ici en un MOT : l'intégrité..." Pierre Boulet - LE SOLEIL (Québec)
"...Les musiciens de MOT sont le reflet de son univers intérieur où la poésie est omniprésente. Il émane en effet beaucoup de sensibilité et de douceur de cet album..." LP - MUSIK ETC (Montréal)
"...Les compositions de Gilles Bernard imprègnent la mémoire longtemps après que la dernière note ne se soient tue..." Gilles Tremblay - VOIR (Québec)
Le Chapeau de ma soeur (FND012)
À propos du CD
Esprit ouvert à la musique africaine, à la musique latine, aux conceptions modernes de l'improvisation, sans jamais s'éloigner de la spontanéité du blues, Gilles Bernard reste, par plusieurs aspects, un musicien profondément "Cool" d'où cette impression de parfum que nous laisse son nouveau CD "Le Chapeau de ma sur". (Denys Lelièvre)
Musiciens
Gilles Bernard (p), Raynald Drouin (b), Pierre Côté (cb), Alain Boies (s.a & s.t)
Le chapeau de ma soeur (mp3)
Introspection Mood (mp3)
Mots des critiques
L'éveil de la sensibilité musicale d'un musicien remonte souvent à la petite enfance, au contexte familial. Le pianiste Gilles Bernard est né à Dolbeau, au lac St-Jean. Son père avait l'habitude de chanter une chanson issue de la tradition populaire. "Le chapeau de ma sœur". L'un de ces airs que l'on retient facilement, un peu naïf, favorisant l'esprit du jeu, la joie, ou menant paisiblement au sommeil. L'âge adulte suit avec son lot de désirs, de pertes de traces qui trouveront à exprimer dans cette langue sans paroles qu'est la musique, refuge privilégié.
Gilles Bernard est un homme de peu de mots. La musique du pianiste sera sans artifice, sans esbroufe. Caractérisée par une grande intériorité. À côté de pièces aux formes plus ouvertes, plus libres, d'autres seront très impressionnistes. "Pour moi c'est toi" et "Blues pour William (For Dan) " sont empreintes d'un lyrisme propre à Bernard. Des mélodies qui ont cette qualité d'être comme de petits hymnes. Des pièces qui donnent à l'album une atmosphère bleu nuit qui le caractérise beaucoup.
"L'autre" suggère par la suite des pas vigoureux. Apparaît ici un aspect essentiel du travail de Gilles Bernard. La rencontre, la marche vers l'autre. L'autre, c'est l'âme-sœur, dont on jurerait par moments qu'elle est le double de soi. L'autre, ce sont les amis musiciens, les complices: pour Bernard, le contrebassiste Pierre Côté et le batteur Raynald Drouin depuis plus de vingt-cinq ans, le saxophoniste Alain Boies depuis dix. L'autre, ce sont les cultures d'ailleurs. Ouverture au monde, à la différence. Migrations. Gilles Bernard s'est intéressé très tôt à la musique de l'Afrique, à l'œuvre du pianiste Abdullah Ibrahim par exemple.
Plusieurs pièces sont ici inspirées de la musique latino-américaine. C'est le cas de "Sud" dont le thème est l'un des plus beaux de l'album. Bernard intègre les premières mesures de "Laura" de Johnny Mercer et de David Raksin, pour les développer harmoniquement d'une façon originale. À la suite d'un séjour d'un an en Guadeloupe pour y enseigner, le pianiste fait la rencontre d'un musicien exceptionnel, Kafé, qui maîtrise bien la musique traditionnelle du pays, le "gwoka", et qui en offre depuis 20 ans une version plus moderne. Musique aux rythmes complexes, d'une énergie folle. Dans "Kafé", le pianiste rend hommage à ce musicien.
"Introspection Mood" offre une modernité certaine dans la composition. Gilles Bernard a retenu la leçon de Thelonius Monk et de Charlie Mingus. Utilisation de l'espace, respiration, silences (l'on songe à "Crepuscule With Nellie" de Monk) multiples thèmes enchaînés, changements de rythmes fréquents comme chez Mingus. Très beau thème, introspectif, qui, par le changement de forme, se développe en un blues puissant ou mène à un véritable éclatement. Exemple parfait de l'invitation des quatre musiciens, de leur interaction, et du débordement d'énergie dont ils sont capables en concert.
Esprit ouvert à la musique africaine, à la musique latine, aux conceptions modernes de l'improvisation, sans jamais s'éloigner de la spontanéité du blues, Gilles Bernard reste, par plusieurs aspects, un spécimen profondément "Cool" (la sobriété de son jeu, une certaine retenue) d'où cette impression de parfum que nous laisse "Le chapeau de ma sœur".
Denys Lelièvre
(CKRL-FM et VOIR Québec)
Août 2000
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